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Mathias · 25 avril 2026 · 9 min

Le tourisme à Maurice en chiffres, et ce qu'ils nous disent

D'où viennent les flux de visiteurs, quand ils culminent, à quoi ressemble la dépense moyenne, et les tendances dont parlent les petits opérateurs.

Le tourisme à Maurice en chiffres, et ce qu'ils nous disent

Les chiffres en tourisme sont souvent cités à la louche. Cet article essaie l'inverse : citer la source pour chaque chiffre, nommer l'année, et signaler quand le titre est plus fort que la donnée. La source pour tout ce qui suit est Statistics Mauritius (statsmauritius.govmu.org), qui publie les séries officielles mensuelles et annuelles. La Mauritius Tourism Promotion Authority (mtpa.mu) est l'organisme de promotion, pas la source statistique, même si elle relaie les mêmes chiffres.

Le grand titre. Maurice a accueilli 1 382 177 touristes internationaux en 2024, en hausse de 6,7% par rapport aux 1 295 410 de 2023 (Statistics Mauritius, Faits saillants Tourisme 2024). 2025 a battu un nouveau record à 1 436 250 arrivées, soit une hausse de 3,9% sur un an (Statistics Mauritius, Tourisme 2025). C'est la plus forte séquence sur deux ans de l'histoire du pays, et la trajectoire de début 2026 s'est maintenue.

D'où viennent les visiteurs. La France est de manière constante le premier marché émetteur, avec 339 421 visiteurs en 2024 (24,5% du total des arrivées) et 337 502 en 2025, soit une petite baisse de 0,6% (Statistics Mauritius). La Réunion, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Afrique du Sud composent le reste du top cinq dans un ordre qui change. La Réunion a fait 140 618 visiteurs en 2024 et 145 029 en 2025 (+3,1%) ; le Royaume-Uni 158 188 en 2024 et 154 990 en 2025 (-2,0%) ; l'Allemagne 123 825 en 2024 et 122 166 en 2025 (-1,3%) ; l'Afrique du Sud 106 542 en 2024 et 110 287 en 2025 (+3,5%).

Le marché à la croissance la plus rapide est l'Inde. Les arrivées indiennes sont passées de 56 788 en 2024 à 75 808 en 2025, soit +33,5%, la plus forte progression de tous les marchés émetteurs et le signal de croissance le plus net des données (Statistics Mauritius). La MTPA a désigné l'Inde comme priorité stratégique pour 2026 ; si la tendance se maintient, l'Inde dépassera l'Allemagne d'ici deux ans.

Le mois de pointe est décembre. Les vacances scolaires européennes, l'été austral et les réservations de fin d'année concentrent des dizaines de milliers d'arrivées sur une fenêtre de quatre semaines. Octobre et novembre sont les deuxième et troisième pics. Le mois le plus calme est février : le risque cyclonique est à son maximum (la saison court officiellement du 15 novembre au 15 mai selon les Services Météorologiques de Maurice, avec janvier à mars comme sous-fenêtre la plus active), et la rentrée des classes en Europe retire une grosse part de la demande.

La durée moyenne de séjour est de 11,4 nuits pour 2024 (Statistics Mauritius). Les séjours européens tendent à être plus longs que les séjours africains ou indiens, souvent à cause du coût du vol et du calendrier scolaire : un billet Paris-Plaisance n'a de sens que sur douze jours. Les recettes brutes du tourisme en 2024 se sont élevées à 93,6 milliards de roupies mauriciennes, environ 1,9 milliard d'euros au taux moyen de l'année.

Ce dont les petits opérateurs de l'île parlent, et qui ne ressort pas proprement dans les chiffres globaux. D'abord, la montée des locations indépendantes (appartements et villas via Airbnb, Booking.com et la réservation directe) à côté des hôtels-resorts classiques, en particulier sur la côte ouest. La croissance est réelle, les nuitées sont plus difficiles à vérifier parce que toutes les unités ne se déclarent pas aux statistiques officielles, et les rapports annuels de l'AHRIM signalent ça comme la plus grande lacune de mesure du secteur. Ensuite, la croissance des séjours de quatre à cinq nuits aux côtés de la traditionnelle réservation européenne de dix jours, tirée d'un côté par une capacité aérienne moins chère depuis l'Europe, de l'autre par un schéma de courts séjours sud-africains et indiens qui émerge. Enfin, la professionnalisation progressive du segment boutique du marché, où les clients attendent de plus en plus une fiabilité d'hôtel de la part de logements gérés comme des maisons.

Un motif qu'on voit dans nos propres données. Les réservations directes (les gens qui arrivent sur friday.mu sans passer par Airbnb ou Booking) sont passées de 12% des réservations 2023 à plus d'un tiers début 2026. Les clients qui reviennent représentent environ un quart des séjours aujourd'hui, contre moins de 10% il y a deux ans. Le mix compte : une réservation directe est un client qui a choisi de séjourner avec nous, pas avec le lagon ; un client qui revient est le signal le plus vrai de la qualité du séjour. Aucun des deux n'est dans les statistiques officielles, mais c'est ainsi qu'un petit opérateur sait que le modèle opérationnel fonctionne.

Un mot sur l'aérien. La hausse des arrivées sur 2024-2025 a été créditée dans la presse spécialisée à la capacité étendue d'Emirates (qui dépasse aujourd'hui le million de passagers cumulés sur la ligne Maurice), à des routes réactivées d'Air France et de KLM, et à une capacité saisonnière croissante de compagnies à bas coût régionales. L'aérien est la contrainte sous-jacente sur l'amplitude qu'une année peut prendre à Maurice ; tant que la piste et l'allocation des créneaux de Plaisance n'auront pas évolué, le plafond des arrivées est à peu près là où il est.

La saisonnalité des arrivées en détail. Statistics Mauritius publie une série mensuelle aux pics marqués. Décembre fournit régulièrement 165 000 à 180 000 arrivées (177 388 en décembre 2024, 169 452 en décembre 2023). Octobre et novembre sont les pics secondaires à 130 000-145 000 mensuels. Février, le mois calme, tourne autour de 85 000-95 000 arrivées (88 732 en février 2024). Le creux n'est pas dans les mois pluvieux, il est dans la fenêtre post-fêtes de rentrée scolaire quand les familles européennes et sud-africaines sortent du marché. Pour un voyageur en planification, décembre est le mois le plus cher et le plus chargé ; septembre-octobre offre la deuxième meilleure météo avec des prix nettement plus bas. À ceux qui nous demandent la meilleure période pour venir, on répond octobre la plupart des années.

Le côté offre du marché, qui vend quoi. L'AHRIM (Association des Hôtels, Restaurants et Industries de Maurice) recense 113 hôtels classés actifs sur l'île dans son bilan 2024, pour environ 14 000 chambres au total. Le segment resort classé tourne autour de 70% de taux d'occupation sur 12 mois, avec des prix moyens journaliers bien au-delà de 200€ pour les 4 et 5 étoiles (benchmark AHRIM). Hors hôtels classés, l'offre en location courte durée (appartements, villas, maisons d'hôtes) est passée d'environ 4 500 unités en 2020 à plus de 8 500 en 2024 (AirDNA region snapshot, mars 2025), avec Flic en Flac qui en concentre environ 1 200 à elle seule. La côte ouest compte aujourd'hui plus d'appartements en location qu'elle n'a de chambres d'hôtel ; la côte est reste dominée par l'hôtellerie.

Prix moyen journalier, là où la donnée existe. Les resorts classés publient leur ADR via les benchmarks STR Global ; la location courte durée remonte vers AirDNA, AllTheRooms et autres agrégateurs tiers. Le nombre directement comparable est difficile à extraire parce que les deux segments tarifent différemment (l'ADR resort inclut restaurants et transferts ; l'ADR STR est en chambre nue). Ce qu'on peut dire : AirDNA donne pour Flic en Flac un ADR de 138€ en 2024, taux d'occupation à 64%, pic à 217€ en décembre et creux à 92€ en mai (AirDNA market data Flic en Flac, mars 2025). Les résidences Friday à Flic en Flac se positionnent en milieu-haut de cette distribution, choix de curation délibéré.

Marché émetteur, le détail français. Trois facteurs qui se renforcent. Un, la langue : le français est la langue de travail à Maurice hors administration, ce qui réduit la friction sur chaque interaction client, de la réservation au dîner. Deux, l'aérien : Air France, Corsair et Air Mauritius cumulent plus de 35 vols par semaine entre Paris et Plaisance en haute saison, la liaison la plus dense du réseau. Trois, la diaspora : environ 30 000 Mauriciens vivent en France, et le trafic de visite familiale dans les deux sens est énorme (et, techniquement, inclus dans les statistiques d'arrivées ; Maurice ne distingue pas VFR et tourisme dans les chiffres globaux). La baisse française de 2025 (-0,6%) est la première contraction d'une décennie, et la presse spécialisée l'a attribuée à l'effet JO sur les sorties européennes ; la tendance se corrigeait déjà au T1 2026.

Marché émetteur, le détail indien. Les vols directs depuis Mumbai et Delhi ont été lancés en 2023 (Air Mauritius, Air India, IndiGo) et ont ajouté environ 11 000 sièges hebdomadaires au réseau. Les familles HNW indiennes ont découvert Maurice comme destination lune de miel courte distance puis destination familiale courte distance, à peu près dans cet ordre ; la durée moyenne de séjour des clients indiens est de 6,8 nuits contre 11,4 nuits en moyenne sur l'île, ce qui veut dire que la vélocité de réservation est plus haute et que le calendrier tourne plus vite. La croissance de 33,5% sur un an en 2025 est la plus forte progression de marché unique des 50 ans de statistiques touristiques mauriciennes enregistrées. La dépense promotionnelle MTPA en Inde pour 2026 dépasse cinq fois son niveau 2023 (rapport annuel MTPA).

Ce que cela signifie pour qui planifie un voyage. Trois conclusions concrètes des chiffres ci-dessus. D'abord, partez en octobre ou novembre si vous le pouvez : 8 à 12% de prix en moins par rapport à décembre, météo quasi identique, beaucoup moins d'affluence dans les restaurants et sur les plages. Ensuite, réservez au moins 90 jours à l'avance pour le pic de décembre : à 60 jours du séjour, 80% de l'inventaire villa curé sur l'île est déjà parti (on suit cette analyse sur nos propres réservations chaque mois ; le marché plus large suit la même courbe selon les données partenaires Booking.com). Enfin, le séjour de 4 à 5 nuits est réel et fonctionne : si vous êtes serré en jours de congés, Maurice devient de plus en plus faisable comme long week-end depuis un hub régional (Inde, Réunion, Madagascar). On voit le schéma de séjour plus court croître chaque année dans nos propres réservations depuis 2023.

Un mot sur l'aérien. La hausse des arrivées sur 2024-2025 a été créditée dans la presse spécialisée à la capacité étendue d'Emirates (qui dépasse aujourd'hui le million de passagers cumulés sur la ligne Maurice), à des routes réactivées d'Air France et de KLM, et à une capacité saisonnière croissante de compagnies à bas coût régionales. L'aérien est la contrainte sous-jacente sur l'amplitude qu'une année peut prendre à Maurice ; tant que la piste et l'allocation des créneaux de Plaisance n'auront pas évolué, le plafond des arrivées est à peu près là où il est. Le plan d'extension de piste (une seconde piste parallèle) est inscrit à l'agenda de la MTPA depuis deux cycles budgétaires sans financement ferme ; traiter le plafond à 1,5 million d'arrivées comme la contrainte opératoire jusqu'en 2028 au minimum.

Liens internes à suivre. Pour la vue offre du côté du portefeuille Friday, voir où loger et la comparaison ouest contre nord. Pour la saisonnalité appliquée à des profils précis (lune de miel, famille avec enfants, kitesurfeurs), voir le pilier quand venir. Pour le contexte plus large du secteur, lire ce qui change dans l'hôtellerie mauricienne.

On s'inscrit clairement dans ce segment boutique en voie de professionnalisation. La croissance rend notre travail plus difficile et plus facile à la fois : plus difficile, parce que le niveau d'exigence des clients vis-à-vis d'un non-hôtel monte chaque année, et parce que les nouveaux entrants de notre segment sont bons et s'améliorent ; plus facile, parce que le modèle opérationnel qu'on a bâti est précisément taillé pour ce niveau d'exigence. Les chiffres globaux sont un contexte utile ; la façon dont l'opérationnel de ce secteur se vit vraiment se loge dans les motifs que les chiffres globaux ne capturent pas.

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